Légendes

Des légendes tumultueuses

Le pâtre et le chevalier

Il y a bien longtemps de cela, un noble chevalier chevauchant son fier coursier sillonnait le pays à la recherche d’un endroit propice à la construction d’un château. Jour après jour, il parcourait inlassablement de vastes forêts, traversait des plaines verdoyantes et passait le gué de maintes rivières. Un jour, il rencontra un pâtre qui surveillait tranquillement son troupeau. Il lui demanda s’il connaissait une montagne sur laquelle il pourrait construire sa résidence seigneuriale. Le jeune garçon lui répondit aussitôt : “Sire, je connais une colline abrupte, couronnée par un grand rocher au pied duquel jaillit une source intarissable.” Le berger amena le chevalier à l’endroit indiqué. Le seigneur y entreprit la construction du château auquel il donna le nom de Lichtenberg.

Les frères ennemis

Jadis, deux frères vivaient au château. Le malheur voulut qu’ils tombent amoureux de la même jeune fille. Bientôt ils se détestèrent. Leur haine réciproque devint si forte, si implacable, que le cadet jura de faire mourir l’ainé de faim. Ce dernier, en réponse, lui promit la mort par la soif. C’est l’ainé qui réussit dans ses plans en parvenant à faire enfermer le cadet dans un cachot. Il ne lui fit donner pour toute subsistance qu’un peu de pain sec.

Cependant, le captif parvint à se désaltérer en humectant sa maigre pitance avec l’eau suintant des murs de sa prison. Le chapelain du château s’en aperçut et, soit par compassion, soit par cruauté, en informa le persécuteur. Fou de rage d’avoir été ainsi dupé, l’ainé fit enfermer son prisonnier dans une cellule sèche et bien ensoleillée. Le malheureux, à bout de résistance, ne tarda pas à succomber. Une fois le destin scellé, le bourreau, rongé par le remords, ne supporta plus le poids de sa culpabilité. Il finit par se précipiter du haut du rocher, entraînant le chapelain dans sa chute. Sans doute un sculpteur anonyme a-t-il voulu immortaliser la longue agonie sur les culots historiés de la tour nord.

Les amours tragiques d’Hannemann et de Lise

Au début du XIVe siècle, Hannemann était le chef de la famille des Lichtenberg. Homme d’action, parfait chevalier, il aimait la chasse et la guerre. Très jeune, il se maria avec Jeanne, comtesse de Linange. De leur union naquirent un fils et une fille. Arrivé à l’âge mûr, il tomba éperdument amoureux d’une jolie roturière, Lise, originaire du village de Steinbach, qui lui donna bientôt deux filles. Sous la pression des membres de la famille, Hannemann cessa de fréquenter sa maîtresse.

Néanmoins, il n’y prêta pas attention et reprit très vite ses relations avec Lise, dont il eut encore une fille. Son caractère entier et passionné ne connaissait pas de demi-mesure. Après maintes querelles familiales suscitées par sa liaison amoureuse, il répudia son épouse et installa Lise au château. Il maria ses filles naturelles de belle manière et les dota en puisant largement dans le patrimoine familial.

La colère de la famille était à son comble. Avec l’aide de son oncle maternel, Emich V de Linange, Henri III de Lichtenberg, fils légitime de Hannemann et de Jeanne, assiégea le château de son père et s’en empara. Hannemann fut jeté dans un cachot. Précipitée du haut du donjon où elle avait trouvé refuge, la belle Lise ne survécut pas à sa chute. Pour retrouvrer sa liberté, Hannemann, resté captif pendant une longue année, dut prendre des engagements très contraignants. Ainsi prirent fin les amours tragiques de Hannemann, seigneur de Lichtenberg, et de Lise, la belle villageoise de Steinbach.

©Adrien Dorschner